Note d’intention “14.12.2017 : † Neutralité du Net aux États-Unis †”

Nous avons initié cette oeuvre en réaction à la décision américaine d’abolir la neutralité du Net en décembre 2017.

Nous avons initié cette oeuvre en réaction à la décision américaine d’abolir la neutralité du Net en décembre 2017.

Le 14 décembre 2017, la FCC (Federal Communications Commission) abroge le principe de neutralité du net aux Etats-Unis. La neutralité du Net est un principe qui garantie l’égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet et assure que les flux d’information, comme c’est le cas pour le courrier postal, ne puissent être bloquées, dégradées ou favorisées par les opérateurs de télécommunications. Sans neutralité du net, nous pourrions imaginer qu’un fournisseur d’accès facture à ses clients un forfait avantageux pour certaines applications et en sur-facture les autres, ou encore que les fournisseurs d’accès décident de ralentir certains sites pour des questions de concurrence ou contre finances. Bien que cette valeur soit régulièrement remise en question par les lobbys des FAI, la neutralité est garante d’une utilisation égalitaire du réseau, favorisant la démocratie, le partage des connaissances, la concurrence et l’innovation. Sous le gouvernement de Donald Trump, les FAI ont gagné une première bataille tout aussi inimaginable que l’élection de Donald Trump lui-même.

C’est pour mieux comprendre d’où vient ce principe de neutralité que l’oeuvre replonge le spectateur dans une généalogie d’Internet bien plus ancienne : à ses prémices. 

Au fil des pensées mises en image d’un militant des libertés numériques, le spectateur découvre différentes scènes dans son casque. Parmi celles-ci, il se retrouve dans une boite de nuit londonienne en 1996 : Megatripolis. A cette époque, les jeunes londoniens se réunissent et trippent sur de la techno New Age. Le discours iconique de John Perry Barlow, A Declaration of The Independence of the Cyberspace, y est remixé dans une ambiance planante alliant ésotérisme et cyberespace : “Governments of the Industrial World, you weary giants of flesh and steel, I come from Cyberspace, the new home of Mind. On behalf of the future, I ask you of the past to leave us alone. “ (*) 

On résiste à la politique thatchérienne en épousant les beats, on apprend le tibétain, on jumelle le club aux premiers cybercafés, on s’essaie à la réalité virtuelle, qui apparaît alors comme l’outil du futur. 

C’est l’heure de la culture Zippie, “hippies with zip”, qui veut allier spiritualité, cyberculture et Internet. La réalité virtuelle est alors vue comme une porte d’accès à la matérialisation des visions et à un territoire de libertés où les corps humains dématérialisés ne pourraient plus être contraints par leurs gouvernements. 

Avec cette oeuvre, nous revenons sur le terrain des utopies. Non pas pour dénoncer l’avancée des nouvelles technologies mais pour réactiver les mythes de ses fondations. Nous invitons le public à revisiter l’histoire d’Internet et par là-même celle de la réalité virtuelle qui évoluait en parallèle, dans ce qui fût une contre-culture. Nous ouvrons des questionnements : les utopies de nos aînés sont-elles devenues des illusions ? Comment rêver avec les prolongements de ces outils aujourd’hui ? Comment résister à leurs écueils qu’on ne présente plus ?

Les leaders actuels du marché de la réalité virtuelle n’ont pas crée la réalité virtuelle. Ils ne l’ont pas non plus popularisée car elle était accessible dans l’underground des années 90. Ils l’ont développée, améliorée et commercialisée. 

Nous souhaitons que le public se souvienne qu’Internet et la réalité virtuelle ont fait parti d’un courant de pensée contestataire et progressiste. Que les outils que nous manipulons quotidiennement aujourd’hui sont aussi le fruit de doux rêveurs, de jeunes gens en quête de sens. 

C’est au sein de dispositifs technologiques que Singularité(s)/Tech souhaite interroger les enjeux des nouvelles technologies. Cette oeuvre est un appel à la rêverie et à l’irrévérence. Un art citoyen dans la société du numérique.

Les courants alliant spiritualité et technologies numériques, comme les Zippies, nous semblent bien lointains. Pourtant, aujourd’hui, le transhumanisme se vulgarise et s’exporte. Les hommes les plus riches de la planète se demandent comment transporter leurs esprits sur des disques durs, comment devenir immortels en remplaçant pièce par pièce les organes de leurs corps.

Les utopies sont motrices et nous voulons, pour commencer la série de nos recherches avec Singularité(s)/Tech, revenir aux valeurs qui ont fondé le web dans la contre-culture et alimenter le débat.

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